Le Bronica RF645 est un appareil photo bizarre. Et extraordinaire. Moyen format argentique, il cadre naturellement en mode « portrait ». Une sorte de smartphone avant l’heure… mais avec un peu plus de caractère.
Aujourd’hui, il est devenu difficile d’en dénicher un, et ceux qui circulent encore sont quasiment irréparables, faute de pièces détachées. Ce qui ne m’a pas empêché d’en acquérir un second récemment, histoire de dormir un peu plus tranquille.
On dit que l’appareil ne fait pas le style. Faux. Archi faux. Du moins lorsqu’il s’agit de boîtiers aussi singuliers que le Bronica, ou, dans un autre registre, les Leica.
Cette série, « Grands Boulevards », a été pensée autour de cette étrange machine. Avec, en filigrane, le souvenir du travail de Raymond Depardon, qui fut lui aussi, en son temps, adepte de la bête : « 7 x 7 », une errance photographique à travers sept villes emblématiques, trois jours dans chacune d’elles.
Comme le grand Raymond, je ne m’attache pas aux lieux. Faire les cent pas sur les grandes avenues, se laisser porter, et advienne que pourra. (2023-2026)
13 h 41.
Une chaise vide.
Deux cafés allongés.
Une nappe en papier qui s'envole.
Une trottinette.
Une Peugeot blanche.
Trois pigeons, cinq moineaux.
Le bruit des couverts.
Une serveuse essuie des verres.
Quelqu’un rit.
Un bus passe.
Rien d’exceptionnel.
Encore un bus.
Un homme demande l’addition.
Un autre demande du soleil.
Il est déjà là…
Depuis vingt minutes, le monde entier est passé par la terrasse.