Sur Athinas, dans les Halles centrales, au milieu du brouhaha vantant la marchandise, de chics athéniennes et de vieux messieurs ont négocié poulpes et dorades de la Mer Egée, inlassablement arrosés par les poissonniers précautionneux. Ou encore payé en drachmes sonnantes et trébuchantes des abats blanchis à l'eau de Javel. On a siroté un ouzo, grignoté quelques mezzés dans les petits bars ouverts à même l'allée qui relie les deux bâtiments, la halle aux poissons et celle de la viande.
Maintenant, il reste l'odeur fade qui prend à la gorge, il reste les relents de marée. Des monticules d'os et de déchets s'entassent aux carrefours des allées. Les petites ampoules suspendues à leurs fils brillent dans le silence, seulement troublé par le chuintement des jets d'eau des équipes de nettoyage.
Il est 15 heures, sur Athinas, les Halles viennent de fermer. Et les Grecs sont partis déjeuner.
(Extrait du livre "A la Porte d'Apollon"- 2000-2005)
L'avion d'Olympic Airways rase les toits plats de la ville blanche, immense. A la sortie du vieil aéroport d'Hellinikon, qui va bientôt disparaître, je salue la grosse mappemonde Olympic, avant de voir défiler, le long du bord de mer, les innombrables magasins de luminaires.
Direction l'hôtel Erechteion, dans Thissio, au pied de l'Acropole. Hôtel banal, il a pour lui ses prix modiques, sa vue imprenable sur le Parthénon, ses petits déjeuners indigents et Apollon, le chat maître de maison. L'Erechteion, c'est mon point de chute obligé à Athènes.
Généralement, mes premiers pas me mènent à la colline de Philopappos, de là-haut, on embrasse toute la cité, jusqu'au Pirée, jusqu'à la mer.
En ces années pré-olympiques, cette entrée en matière est l'occasion de pressentir les changements qui s'annoncent. Sur Apostolou Pavlou, les ouvriers albanais s'affairent à rendre l'avenue piétonne.
Partout, la ville en travaux, dans un accès de pudeur, se drape de bâches. Les derniers bars à prostituées de Mitropoleos, cachés dans les recoins ferment leurs portes. Un gang de chats borgnes et pouilleux défend vaille que vaille son territoire le long de la voie ferrée, à Monastiraki, mais pour combien de temps ?
Au Jardin National, les grands palmiers regardent disparaître petit à petit les pensionnaires du zoo. Les petits métiers aussi s'effacent devant la marche forcée vers la modernisation, tels les cireurs de chaussures ou les vendeurs de tickets de loto. A Gazi, à Psiri, à Thissio, les bars de nuit poussent comme des champignons. Athènes se refait une jeunesse, Athènes s'amuse à crédit.
(Extrait du livre "A la Porte d'Apollon")