Combien de fois ai-je foulé le sol de la patrie d’Ulysse ? Si le roi d’Ithaque avait dû rentrer chez lui aussi souvent, Homère aurait probablement écrit pour Netflix une interminable série odysséenne.
C’est en 1980, lors d’une première arrivée à Athènes, que le voyageur fut accueilli par les blindés encore visibles à la sortie de l’aéroport, vestiges de la dictature des Colonels. Je venais retrouver un ami exilé volontaire, écrivant ses poèmes au bord d’un lac salé infesté de moustiques, au cœur des Cyclades. C'est là que j'ai pris rendez-vous avec « le cul de l’Europe et la tête de l’Orient », formule peu diplomatique, mais assez juste, de la Grèce d’alors.
Et c’est toujours en 1980 que l’Ulysse-photographe passa sous la Porte d’Apollon, à Naxos, l’île où Thésée abandonna Ariane avant de reprendre la mer sans même laisser un mot.
Commençait alors une longue histoire avec la Grèce. Une histoire où les paysans d’antan, sur les chemins poussiéreux d’îles encore désertes, marchaient sans le savoir vers un nouveau siècle et ses illusions. Où les antiques ferries blancs mettaient, eux aussi, le cap vers la crise de la dette et la fin du rêve olympique.
Cette épopée se déroula longtemps sous le regard bienveillant d'Apollon le bien nommé, le chat de l'hôtel Erechteion, point de chute obligé dans le quartier de Thissio lors des escales athéniennes.